jeudi 26 février 2026

La France est responsable de la crise de 1929 (et pas Wall Street).

Voici une explication détaillée du mécanisme par lequel la politique de la Banque de France a contribué à aggraver la Grande Dépression, selon les travaux de Douglas A. Irwin (2010) et d'autres économistes :

1. Accumulation massive d'or par la France

À partir de 1928, la France, revenue à l'étalon-or, a accumulé d'énormes réserves d'or, passant de 7 % à près de 30 % des réserves mondiales en quelques années. Cette accumulation était en partie due à la confiance retrouvée dans le franc après sa stabilisation (le "franc Poincaré"), mais aussi à une politique monétaire restrictive. Contrairement à d'autres pays, la Banque de France a stérilisé une grande partie de cet afflux d'or, c'est-à-dire qu'elle ne l'a pas converti en monnaie en circulation. Normalement, un afflux d'or aurait dû entraîner une augmentation de la masse monétaire, stimulant ainsi l'activité économique. Mais en stérilisant l'or, la Banque de France a empêché cette expansion monétaire, maintenant ainsi une pression déflationniste sur l'économie française et internationaleideas.repec.org.

2. Pression déflationniste sur le reste du monde

L'étalon-or fonctionnait comme un système à somme nulle : si un pays accumulait de l'or, les autres en perdaient. En 1929-1932, la France et les États-Unis détenaient ensemble près de 60 % des réserves d'or mondiales. La stérilisation française a réduit la quantité d'or disponible pour les autres pays, forçant leurs banques centrales à réduire leur propre masse monétaire pour maintenir la convertibilité de leur monnaie en or. Cela a provoqué une contraction monétaire mondiale, une baisse des prix (déflation) et une réduction de la demande globale, aggravant la récession dans les pays déjà touchés par le krach de 1929cairn.info+1.

3. Effet multiplicateur de la déflation

La déflation a rendu le remboursement des dettes plus difficile (car les dettes sont fixes en valeur nominale, mais les revenus et les prix baissent), ce qui a accru les faillites d'entreprises et de banques. Les pays en difficulté ont été contraints d'augmenter leurs taux d'intérêt pour défendre leur monnaie, ce qui a encore étouffé l'activité économique. La France, en maintenant une politique monétaire restrictive, a donc amplifié la spirale déflationniste et la crise bancaire dans le monde, notamment en Europe centrale et en Allemagnecairn.info.

4. Rôle clé en 1931-1932

Alors que les États-Unis ont commencé à assouplir leur politique monétaire après 1931, la France a persisté dans sa stratégie, exacerbant la crise. Les études montrent que la France a été plus responsable que les États-Unis de la déflation mondiale pendant cette période, car sa part dans la réduction de la liquidité internationale était disproportionnée par rapport à sa taille économiqueideas.repec.org.

5. Conséquences sur le commerce international

La déflation a aussi réduit les prix des matières premières, frappant durement les pays exportateurs (comme l'Amérique latine ou les dominions britanniques), et a contribué à l'effondrement du commerce mondial, qui a chuté de plus de 60 % entre 1929 et 1933. La rigidité de la politique française a donc joué un rôle central dans la transformation d'une crise financière en une dépression économique mondiale prolongée.

En résumé, la France n'a pas "causé" la Grande Dépression à elle seule, mais sa politique de stérilisation de l'or et son refus d'ajuster sa masse monétaire ont amplifié et prolongé la crise, en privant le système international de liquidités et en accélérant la déflation. Cette thèse remet en cause l'idée que la crise était uniquement le résultat de l'effondrement de Wall Street ou des erreurs de la Réserve fédérale américaine.

De 1929 à 1932, la droite était au pouvoir (Laval) et n'a rien compris. Elle a été initiée par Poincarré qui voulait  un Franc fort.

Sources 

"Did France Cause the Great Depression?" 2010 par Douglas A. Irwin au National Bureau of Economic Research (NBER)

https://www.nber.org/papers/w16350


Keynes

Keynes l'avait dit très tot:

Les principales études de John Maynard Keynes sur les questions monétaires et économiques liées à la Grande Dépression et à l'étalon-or ont été publiées à plusieurs dates clés, notamment :

1. "A Tract on Monetary Reform" (1923)

Keynes y développe ses idées sur la stabilité monétaire et critique le retour à l'étalon-or classique, qu'il juge trop rigide et déflationniste.

2. "A Treatise on Money" (1930)

Dans cet ouvrage en deux volumes, Keynes analyse le rôle de la monnaie, des taux d'intérêt et des politiques monétaires dans les cycles économiques. Il y critique notamment la gestion de l'étalon-or et la déflation, des thèmes centraux pour comprendre la Grande Dépression.

3. "The General Theory of Employment, Interest and Money" (1936)

C'est son œuvre majeure, publiée en 1936, où il développe sa théorie de la demande effective, de l'intervention de l'État et des politiques de relance pour lutter contre le chômage et les crises économiques. Ce livre a révolutionné la pensée économique et fondé ce qu'on appelle aujourd'hui la "révolution keynésienne".















samedi 21 février 2026

Ukraine: Géopolitique éternelle

 Le Bolchevisme ne durera pas éternellement en Russie. Un jour viendra où l’ordre s’y rétablira et où la Russie, reconstituant ses forces, regardera autour d’elle. Ce jour-là, elle se verra telle que la paix va la laisser, c’est à dire privée de l’Estonie, de la Finlande, de la Pologne, de la Lituanie, peut-être de l’Ukraine. S’en contentera-t-elle ? Nous n’en croyons rien. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, on reverra la Russie reprendre sa marche vers l’Ouest et le Sud-Ouest. De quel côté la Russie recherchera-t-elle un concours pour reprendre l’œuvre de Pierre le Grand, Catherine II ? Ne le disons pas trop haut, mais sachons-le et pensons-y : c’est du côté de l’Allemagne que fatalement elle tournera ses espérances. Voilà, Messieurs, pourquoi la France prête à la Pologne et à la Roumanie un si large concours militaire (.) Chacun de nos efforts en Pologne, Messieurs, c’est un peu plus de gloire pour la France éternelle. 


Charles de Gaulle, 1919

lundi 26 janvier 2026

Des colères saines (saintes ?)

 Les Évangiles montrent un Jésus rarement emporté par la colère. Sa parole est le plus souvent patiente, miséricordieuse, tournée vers les pécheurs ordinaires, les exclus, les faibles. Il pardonne, relève, accueille. Mais lorsqu’il se met en colère, cette colère n’est ni émotionnelle ni impulsive : elle est ciblée, assumée et moralement fondée.

Cette colère vise presque exclusivement la tartufferie au sens le plus strict : afficher une vertu morale ou religieuse de façade pour mieux tromper, manipuler ou servir ses intérêts, instrumentaliser  cette morale affichée dans son rapport aux autres. (et non pas simplement l'hypocrisie morale)

Dans Matthieu 23, Jésus réserve ses paroles les plus dures non aux pécheurs, mais aux scribes et aux pharisiens, figures d’une morale de façade qui se donne en spectacle tout en écrasant les autres.  Le reproche n’est pas l’exigence morale, mais son instrumentalisation : une morale devenue outil de domination, de distinction sociale et d’autojustification.

Le même mécanisme apparaît dans la parabole du pharisien et du publicain (Luc 18). Le pharisien n’est pas condamné pour ses pratiques morales, mais pour l’usage qu’il en fait : se poser en juste et mépriser autrui. À l’inverse, le publicain, sans vertu affichée, est justifié par son humilité. Là encore, Jésus attaque moins la faute que le mensonge sur soi.

Même l’épisode spectaculaire de la purification du Temple confirme cette logique. Jésus ne s’emporte pas contre des pratiques ordinaires, mais contre la profanation du sens et l’hypocrisie d’un système moral qui prétend honorer Dieu tout en exploitant les faibles. Sa colère vise une incohérence devenue structurelle.

Ainsi, la colère de Jésus n’est jamais dirigée contre la faiblesse humaine, mais contre la duplicité morale. Elle ne frappe pas ceux qui tombent, mais ceux qui se donnent en modèle tout en trahissant ce qu’ils prétendent incarner. En ce sens, sa colère est rare, mais radicale : elle surgit lorsque la morale devient masque plutôt que chemin.


jeudi 22 janvier 2026

Vaclac Smil

 

1. Le primat de l’énergie : la base matérielle de toute civilisation

Pour Smil, l’énergie est la variable explicative centrale de l’histoire humaine. Les sociétés ne se définissent pas d’abord par leurs idéologies ou leurs institutions, mais par :

  • les sources d’énergie qu’elles maîtrisent,
  • la densité énergétique qu’elles peuvent mobiliser,
  • la capacité à convertir cette énergie en travail utile.

Le passage du bois au charbon, puis au pétrole et au gaz, explique bien davantage la modernité que les seules révolutions politiques.

2. Le refus des récits simplistes et du techno-solutionnisme

Smil est farouchement anti-prophétique :

  • il se méfie des discours catastrophistes comme des promesses de salut technologique,

  • il démonte les annonces de « ruptures » rapides (transition énergétique éclair, hydrogène miracle, 100 % renouvelable à court terme).

Sa méthode : données, ordres de grandeur, inerties physiques. La réalité matérielle évolue lentement.

3. L’inertie des systèmes complexes

Un thème central chez Smil est l’inertie structurelle :

  • les infrastructures énergétiques durent des décennies,

  • les chaînes industrielles sont rigides,

  • les comportements suivent les contraintes matérielles.

👉 Les transitions énergétiques ne sont jamais rapides ; historiquement, elles prennent 50 à 70 ans, même lorsqu’une technologie supérieure existe déjà.

4. La dépendance radicale aux combustibles fossiles

Smil insiste sur un point souvent minimisé :
la civilisation moderne est littéralement construite sur les fossiles :

  • agriculture (engrais azotés, mécanisation),

  • acier, ciment, plastiques,

  • transports lourds, aviation, maritime.

Il ne nie pas la nécessité de réduire cette dépendance, mais rappelle que l’ampleur du défi est sans précédent.

5. Le rôle central de l’efficacité et de la sobriété

Contrairement aux discours dominants, Smil met l’accent sur :

  • les gains d’efficacité énergétique (souvent plus rapides et fiables),

  • la réduction de la demande dans les pays riches.

Il souligne que l’histoire montre davantage de progrès par optimisation que par rupture.

6. Une critique implicite de la croissance infinie

Smil ne prône pas explicitement la décroissance, mais son travail conduit à une conclusion dérangeante:

  • la croissance matérielle illimitée est physiquement contrainte,

  • les limites ne sont pas idéologiques, mais thermodynamiques et logistiques.

Il préfère parler de sociétés de haute performance stable, plutôt que d’expansion permanente.

7. Une pensée anti-idéologique, presque conservatrice au sens physique

Smil est souvent mal classé politiquement, car il :

  • critique aussi bien l’optimisme vert naïf que le productivisme fossile,

  • refuse les récits moraux au profit des bilans matériels.

Sa position est souvent résumée ainsi :

« Le monde réel n’obéit ni aux slogans, ni aux échéances politiques. »


En une phrase

Václav Smil pense le monde comme un système matériel contraint, où l’énergie, les flux physiques et l’inertie des infrastructures comptent davantage que les intentions, les idéologies ou les promesses technologiques.

mercredi 21 janvier 2026

Fin des empires

 Les empires ne meurent presque jamais dans un fracas final. Ils s’épuisent, se vident, se fissurent, puis s’effondrent après coup, souvent loin du champ de bataille. Comme le souligne l’historien Serhii Plokhy, ce ne sont pas les défaites spectaculaires qui tuent les empires, mais l’incapacité prolongée à soutenir le coût de leur propre puissance. Les victoires tactiques deviennent alors des anesthésiants politiques, masquant l’érosion lente mais irréversible des fondations économiques, sociales et institutionnelles.

  • L’Empire ottoman en est l’archétype. Longtemps qualifié d’« homme malade de l’Europe », il survit des décennies à coups de réformes inachevées, de répression et d’emprunts étrangers. La Première Guerre mondiale n’a pas détruit un empire solide ; elle a simplement achevé un organisme déjà rongé de l’intérieur. La défaite militaire fut le déclencheur, pas la cause. L’empire avait déjà perdu sa cohérence, sa base fiscale, sa légitimité et sa capacité à se projeter dans le monde moderne.
  • Le même mécanisme se répète ailleurs. L’Empire austro-hongrois implose moins sous la pression des armées ennemies que sous le poids de ses contradictions internes et de ses fractures nationales. 
  • L’Empire britannique, pourtant vainqueur en 1945, abdique son rang mondial non par défaite, mais par épuisement financier et social
  • L’URSS elle-même ne s’effondre pas sur un champ de bataille, mais sous le poids combiné d’une économie militarisée, d’un empire périphérique ingouvernable et d’une perte de foi dans le projet politique.
  • Le cas français illustre parfaitement cette mécanique. En Algérie, l’armée française remporte une victoire militaire réelle : le FLN est militairement brisé à la fin des années 1950. Pourtant, cette victoire accélère la fin de l’empire colonial. Le coût politique, moral et institutionnel du conflit devient insupportable pour la métropole : crise du régime, fracture de l’armée, menace de guerre civile. La France gagne la guerre sur le terrain, mais perd l’empire. L’Algérie n’a pas causé l’effondrement impérial ; elle l’a révélé. Comme souvent, ce n’est pas la défaite militaire qui tue un empire, mais l’impossibilité de supporter durablement le prix de sa domination. À partir d’un certain seuil, même la victoire devient une forme de défaite.
  • La Russie contemporaine s’inscrit dans cette lignée.
    • Quelle que soit l’issue immédiate de la guerre en Ukraine, le coût humain, économique et politique du conflit fragilise durablement l’État russe. Une absence de défaite formelle pourrait masquer une réalité bien plus grave : une économie verrouillée par la guerre, une démographie en chute, des élites dépendantes de la coercition, et un pouvoir central de plus en plus contesté dans ses marges.
    • Le risque majeur n’est pas une chute brutale, mais une désagrégation progressive : rivalités entre centres de pouvoir, autonomisation des appareils sécuritaires, perte de cohérence stratégique, crises de loyauté. L’épisode Prigojine n’a pas été une anomalie, mais un avertissement. Quand un empire commence à régler ses conflits internes par des rapports de force armés, c’est que la phase de décomposition est déjà engagée.
    • L’enjeu de la guerre en Ukraine dépasse donc largement les frontières et les territoires. Il touche au devenir impérial de la Russie elle-même. Comme pour les Ottomans, les Habsbourg ou les Soviétiques, la question n’est pas seulement de savoir qui gagne militairement, mais si l’État peut survivre politiquement et structurellement au prix qu’il s’inflige. L’histoire montre que, passé un certain seuil, même une victoire ne suffit plus.

mardi 13 janvier 2026

Ultra Gauche et Théocratie : une structure de pensée commune

 Gauche occidentale et mollahcratie : une convergence de structure morale ?

À première vue, tout oppose une partie de la gauche occidentale et la théocratie iranienne : l’une se réclame des droits humains, l’autre d’un ordre religieux autoritaire. Pourtant, un point commun plus profond mérite d’être interrogé : la primauté du dogme moral sur le réel.

En Occident, une fraction de la gauche a progressivement déplacé le centre de gravité de son projet politique. Là où elle s’attachait autrefois à transformer matériellement la société (conditions de travail, rapports de production, souveraineté populaire), elle privilégie désormais une mise en scène permanente de la vertu morale. La politique devient d’abord un langage, un rituel de pureté idéologique, où le mal est désigné avant d’être compris.

Ce glissement explique en partie l’aveuglement — ou la minimisation — face aux exactions de la mollahcratie iranienne. Le régime iranien est perçu avant tout comme un anti-Occident, et donc, par réflexe, comme un moindre mal. La réalité vécue par les femmes iraniennes, les opposants politiques ou les minorités passe au second plan face à la cohérence symbolique du récit.

Or c’est précisément ainsi que fonctionne la théocratie iranienne elle-même. L’État n’y est pas conçu comme un outil au service des individus, mais comme l’incarnation d’une vérité morale transcendante. Peu importe les conséquences concrètes : la conformité au dogme suffit à justifier la contrainte, la violence ou le mensonge.

Dans les deux cas, la politique cesse d’être un art du réel pour devenir une liturgie. L’efficacité, le bien-être concret, la liberté vécue sont subordonnés à la fidélité à une morale proclamée. Celui qui s’y oppose n’est plus un adversaire politique, mais un impur, un hérétique ou un complice du mal.

La différence reste évidemment majeure : la gauche occidentale ne dispose pas d’un appareil coercitif théocratique. Mais la logique mentale, elle, est comparable : substituer la vertu affichée à la responsabilité des effets réels.

Ainsi, le point de contact n’est pas idéologique, mais structurel : quand la morale devient une fin en soi, elle engendre les mêmes aveuglements, qu’elle soit séculière ou religieuse.

Peut-être que la guerre ne vous intéresse pas, mais la guerre, elle, s’intéresse à vous.

"You may not be interested in war, but war is interested in you."

Généralement attribuée à Léon Trotski (Lev Davidovitch Bronstein), fondateur de l’Armée rouge.

lundi 12 janvier 2026

Boucle OODA

 https://fr.wikipedia.org/wiki/Boucle_OODA

La boucle OODA (souvent écrite OODA loop) est un modèle de prise de décision en situation de conflit ou d’incertitude, développé par le colonel américain John Boyd.

Elle est très utilisée en militaire, stratégie, cybersécurité, management et même en développement logiciel.

Les 4 étapes de la boucle OODA

  1. Observe (Observer)
    • Collecter l’information :
    • situation réelle
    • environnement
    • adversaire
    • contraintes techniques et humaines
    • capteurs, renseignements, retours terrain, logs, télémétrie…
  2. Orient (S’orienter)
    • Donner du sens à l’information :
    • expérience passée
    • culture
    • doctrine
    • biais cognitifs
    • modèles mentaux
    • c’est l’étape clé : deux acteurs observant la même chose peuvent s’orienter très différemment.
  3. Decide (Décider)
    • Choisir une ligne d’action :
    • attaquer, manœuvrer, attendre, changer de stratégie…
    • pas forcément la décision parfaite, mais la plus rapide et adaptée.
  4. Act (Agir)
    • Exécuter la décision :
    • action concrète sur le terrain
    • modification de l’environnement
    • l’action produit de nouvelles données → retour à Observe.
Idée centrale
Gagner, ce n’est pas être plus fort, mais être plus rapide et plus adaptable que l’adversaire.
Celui qui boucle plus vite ou désorganise la boucle OODA de l’adversaire prend l’avantage.


Stoßtruppen

 Tactiques des troupes d'assaut allemandes (Stoßtruppen) – 1918

En 1918, l'armée allemande introduisit les tactiques des troupes d'assaut , une approche révolutionnaire pour sortir de l'impasse de la guerre de tranchées à la fin de la Première Guerre mondiale. Ces méthodes influencèrent fortement les tactiques d'infanterie modernes.

Contexte
  • Fin de la Première Guerre mondiale
  • Guerre de tranchées, front figé
  • Développée par le général Oskar von Hutier

Principes fondamentaux

Principe fondamental: Percer sans détruire, désorganiser plutôt qu’anéantir.

    1. Infiltration, et non assaut de masse

Au lieu d'attaquer par vagues massives, les troupes d'assaut progressaient en petites unités hautement entraînées. Elles contournaient les points forts, pénétraient les points faibles et s'enfonçaient profondément dans les arrières ennemis

    2. Commandement décentralisé (Auftragstaktik)

Les officiers subalternes et les sous-officiers bénéficiaient d'initiative et d'autonomie. Ils s'adaptaient en temps réel plutôt que de suivre des plans rigides.

    3. Feu et mouvement : Tactique d’infiltration

    • Petits groupes (Stoßtruppen)
    • Évitement des points forts
    • Contournement et pénétration en profondeur
    • Commandement décentralisé
    • Initiative laissée aux sous-officiers

    4. Préparation d'artillerie courte et intense

Au lieu de bombardements de plusieurs jours , l'artillerie progressait en barrage roulant, étroitement synchronisée avec l'infanterie.

Ceci réduisait le temps d'alerte et préservait l'effet de surprise.

    5. Ciblage du commandement et de la logistique

Les troupes d'assaut visaient à perturber :

  • Les positions d'artillerie
  • Le quartier général
  • Les communications
  • Les lignes de ravitaillement

Ceci provoquait la confusion et l'effondrement des lignes arrière.

Les troupes d'assaut étaient le scalpel, non le marteau.

Résultats et limites

  • Succès
    • Percées majeures lors de l'offensive de printemps (Kaiserschlacht) de 1918
    • Démonstration de la possibilité de percer les lignes ennemies
    • Ancêtre direct de la Blitzkrieg et de la doctrine d'infanterie moderne
  • Limites
    • Progression à pied
    • Faible exploitation après la percée
    • Logistique insuffisante
    • Pas de mobilité opérationnelle
    •  Pertes importantes parmi les troupes d'élite
    • Épuisement logistique
    • Absence de réserves stratégiques pour exploiter les percées
    • Manque de chars et de mobilité soutenue pour l'Allemagne
    • Tactiquement brillant, stratégiquement insuffisant.

Pourquoi c'est encore pertinent aujourd'hui

Les tactiques des troupes d'assaut ont introduit des concepts toujours fondamentaux dans la guerre moderne :

  • Commandement de mission
  • Autonomie des petites unités
  • Combat interarmes au niveau tactique
  • Privilégier la rapidité, la surprise et la perturbation à l'usure

On retrouve des échos de ces idées dans les forces spéciales modernes, l'infanterie mécanisée et les tactiques d'infiltration par drones.

Une phrase clé :

Un système ne s’effondre pas quand on le frappe fort, mais quand on perturbe durablement sa capacité à se coordonner.
  • C’est vrai :
  • en 1918
  • en 1940
  • en 2025
  • en architecture logicielle
  • en guerre de drones