dimanche 14 juin 2026

L’innovation naît du désordre, pas du plan

 On croit que l'innovation se planifie. Elle ne se planifie pas. Personne ne sait à l'avance quels usages vont compter, quels modèles vont fonctionner, ni quels acteurs vont émerger. C'est la définition de l'incertitude : l'information nécessaire pour décider n'existe pas encore. Elle apparaît au fil des essais menés par un grand nombre d'acteurs indépendants.

D'où plusieurs problèmes. On ne peut pas planifier l'investissement privé : les entreprises décident selon leur propre jugement, et annoncer qu'on planifiera leur investissement, c'est soit prévoir de les contraindre, soit prendre une intention pour un résultat. On ne peut pas davantage piloter l'intégration de l'IA dans l'économie, car aucune administration ne sait mieux que des millions d'utilisateurs comment l'IA doit entrer dans leur travail.

Un mot mérite qu'on s'y arrête : "piloter l'intégration dans la vie sociale". Cela revient à vouloir décider, depuis l'État, de la manière dont une technologie entre dans la vie quotidienne des gens. C'est une volonté de contrôle social. Or l'adoption d'un outil résulte de millions de choix individuels que personne n'a le droit ni la capacité de diriger à leur place.

L'approche de technocratique, la France l'a déjà essayé. Elle ne cesse de l'essayer. Le Plan Calcul devait créer une informatique souveraine par la planification : il a échoué. Quaero, lancé pour concurrencer Google, a échoué aussi. Le cloud souverain... La domination américaine, elle, n'a été planifiée par personne : elle est venue d'un écosystème décentralisé d'universités, de start-up et de capital-risque.

Un problème industriel est donc transformé en question de survie nationale pour justifier le contrôle de l'État là où il faudrait laisser agir l'initiative. 

C'est un réflexe constant, croire que ce qu'on ne sait pas prévoir, on peut quand même le diriger d'en haut, y compris dans la vie des gens. En matière d'innovation, c'est presque toujours l'inverse qui se produit.

(D'après) Philippe Silberzahn

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