Marc Bloch
"Nos chefs ou ceux qui agissaient en leur nom n’ont pas su penser cette guerre. En d’autres termes, le triomphe des Allemands fut, essentiellement, une victoire intellectuelle et c’est peut-être là ce qu’il y a eu en lui de plus grave. "
"Ils [Les Allemands] croyaient à l’action et à l’imprévu. Nous avions donné notre foi à l’immobilité et au déjà fait."
"Longtemps, il n’y avait pas eu, dans l’armée, de grade supérieur à celui de général de division. Une lettre de service, octroyée au gré du gouvernement ou du G. Q. G., suffisait à fixer les attributions des officiers généraux de ce rang : elle pouvait les habiliter aussi bien au commandement d’une armée, voire de toutes les armées, qu’à celui d’un corps d’armée ou, tout bonnement, d’une division.Car là où les grades diffèrent, la discipline veut, irrévocablement, que le plus élevé entraîne l’exercice du droit au commandement. Impossible, dorénavant, à un jeune divisionnaire de prendre, par exemple, une armée, s’il n’a été, d’abord, pour le moins, promu, en forme, général de corps d’armée."
Le commandement militaire et politique est trop attaché au passé : culte de l’âge, du prestige ancien et d’une “expérience” devenue inadaptée au présent.
Les voix plus jeunes et plus audacieuses ont été étouffées, la guerre a été conduite par des chefs vieillis intellectuellement, enfermés dans des schémas dépassés.
Face à la nouveauté du conflit, ces dirigeants n’ont pas seulement été battus : ils ont accepté la défaite, par manque d’élan, de confiance et de capacité d’adaptation.
Leur plus grave faute est morale : au fond, ils avaient déjà perdu foi dans le pays et dans le peuple qu’ils devaient défendre.
"L’absurdité de notre propagande officielle, son irritant et grossier optimisme, sa timidité et, par-dessus tout, l’impuissance de nos gouvernants à définir honnêtement leurs buts de guerre, ont bien pu, pendant de trop longs mois d’inaction, obscurcir un peu ces premières et vives clartés."
"Et puis, il y avait aussi l’idéologie internationaliste et pacifiste.[] N’apercevaient-ils donc pas, autour d’eux, tout prêts à s’en saisir et presque à la souhaiter, les futurs profiteurs de notre défaite ? [] ils omettaient de distinguer entre la guerre qu’on décide volontairement de faire et celle qui vous est imposée, entre le meurtre et la légitime défense. "
"[] la presse dite de pure information [] servaient, en fait, des intérêts cachés, souvent sordides, et parfois, dans leur source, étrangers à notre pays."
"L’hitlérisme refuse à ses foules tout accès au vrai. Il remplace la persuasion par la suggestion émotive."