Voici une explication détaillée du mécanisme par lequel la politique de la Banque de France a contribué à aggraver la Grande Dépression, selon les travaux de Douglas A. Irwin (2010) et d'autres économistes :
1. Accumulation massive d'or par la France
À partir de 1928, la France, revenue à l'étalon-or, a accumulé d'énormes réserves d'or, passant de 7 % à près de 30 % des réserves mondiales en quelques années. Cette accumulation était en partie due à la confiance retrouvée dans le franc après sa stabilisation (le "franc Poincaré"), mais aussi à une politique monétaire restrictive. Contrairement à d'autres pays, la Banque de France a stérilisé une grande partie de cet afflux d'or, c'est-à-dire qu'elle ne l'a pas converti en monnaie en circulation. Normalement, un afflux d'or aurait dû entraîner une augmentation de la masse monétaire, stimulant ainsi l'activité économique. Mais en stérilisant l'or, la Banque de France a empêché cette expansion monétaire, maintenant ainsi une pression déflationniste sur l'économie française et internationaleideas.repec.org.
2. Pression déflationniste sur le reste du monde
L'étalon-or fonctionnait comme un système à somme nulle : si un pays accumulait de l'or, les autres en perdaient. En 1929-1932, la France et les États-Unis détenaient ensemble près de 60 % des réserves d'or mondiales. La stérilisation française a réduit la quantité d'or disponible pour les autres pays, forçant leurs banques centrales à réduire leur propre masse monétaire pour maintenir la convertibilité de leur monnaie en or. Cela a provoqué une contraction monétaire mondiale, une baisse des prix (déflation) et une réduction de la demande globale, aggravant la récession dans les pays déjà touchés par le krach de 1929cairn.info+1.
3. Effet multiplicateur de la déflation
La déflation a rendu le remboursement des dettes plus difficile (car les dettes sont fixes en valeur nominale, mais les revenus et les prix baissent), ce qui a accru les faillites d'entreprises et de banques. Les pays en difficulté ont été contraints d'augmenter leurs taux d'intérêt pour défendre leur monnaie, ce qui a encore étouffé l'activité économique. La France, en maintenant une politique monétaire restrictive, a donc amplifié la spirale déflationniste et la crise bancaire dans le monde, notamment en Europe centrale et en Allemagnecairn.info.
4. Rôle clé en 1931-1932
Alors que les États-Unis ont commencé à assouplir leur politique monétaire après 1931, la France a persisté dans sa stratégie, exacerbant la crise. Les études montrent que la France a été plus responsable que les États-Unis de la déflation mondiale pendant cette période, car sa part dans la réduction de la liquidité internationale était disproportionnée par rapport à sa taille économiqueideas.repec.org.
5. Conséquences sur le commerce international
La déflation a aussi réduit les prix des matières premières, frappant durement les pays exportateurs (comme l'Amérique latine ou les dominions britanniques), et a contribué à l'effondrement du commerce mondial, qui a chuté de plus de 60 % entre 1929 et 1933. La rigidité de la politique française a donc joué un rôle central dans la transformation d'une crise financière en une dépression économique mondiale prolongée.
En résumé, la France n'a pas "causé" la Grande Dépression à elle seule, mais sa politique de stérilisation de l'or et son refus d'ajuster sa masse monétaire ont amplifié et prolongé la crise, en privant le système international de liquidités et en accélérant la déflation. Cette thèse remet en cause l'idée que la crise était uniquement le résultat de l'effondrement de Wall Street ou des erreurs de la Réserve fédérale américaine.
De 1929 à 1932, la droite était au pouvoir (Laval) et n'a rien compris. Elle a été initiée par Poincarré qui voulait un Franc fort.
Sources
"Did France Cause the Great Depression?" 2010 par Douglas A. Irwin au National Bureau of Economic Research (NBER)
https://www.nber.org/papers/w16350
Keynes
Keynes l'avait dit très tot:
Les principales études de John Maynard Keynes sur les questions monétaires et économiques liées à la Grande Dépression et à l'étalon-or ont été publiées à plusieurs dates clés, notamment :
1. "A Tract on Monetary Reform" (1923)
Keynes y développe ses idées sur la stabilité monétaire et critique le retour à l'étalon-or classique, qu'il juge trop rigide et déflationniste.
2. "A Treatise on Money" (1930)
Dans cet ouvrage en deux volumes, Keynes analyse le rôle de la monnaie, des taux d'intérêt et des politiques monétaires dans les cycles économiques. Il y critique notamment la gestion de l'étalon-or et la déflation, des thèmes centraux pour comprendre la Grande Dépression.
3. "The General Theory of Employment, Interest and Money" (1936)
C'est son œuvre majeure, publiée en 1936, où il développe sa théorie de la demande effective, de l'intervention de l'État et des politiques de relance pour lutter contre le chômage et les crises économiques. Ce livre a révolutionné la pensée économique et fondé ce qu'on appelle aujourd'hui la "révolution keynésienne".