jeudi 22 janvier 2026

Vaclac Smil

 

1. Le primat de l’énergie : la base matérielle de toute civilisation

Pour Smil, l’énergie est la variable explicative centrale de l’histoire humaine. Les sociétés ne se définissent pas d’abord par leurs idéologies ou leurs institutions, mais par :

  • les sources d’énergie qu’elles maîtrisent,
  • la densité énergétique qu’elles peuvent mobiliser,
  • la capacité à convertir cette énergie en travail utile.

Le passage du bois au charbon, puis au pétrole et au gaz, explique bien davantage la modernité que les seules révolutions politiques.

2. Le refus des récits simplistes et du techno-solutionnisme

Smil est farouchement anti-prophétique :

  • il se méfie des discours catastrophistes comme des promesses de salut technologique,

  • il démonte les annonces de « ruptures » rapides (transition énergétique éclair, hydrogène miracle, 100 % renouvelable à court terme).

Sa méthode : données, ordres de grandeur, inerties physiques. La réalité matérielle évolue lentement.

3. L’inertie des systèmes complexes

Un thème central chez Smil est l’inertie structurelle :

  • les infrastructures énergétiques durent des décennies,

  • les chaînes industrielles sont rigides,

  • les comportements suivent les contraintes matérielles.

👉 Les transitions énergétiques ne sont jamais rapides ; historiquement, elles prennent 50 à 70 ans, même lorsqu’une technologie supérieure existe déjà.

4. La dépendance radicale aux combustibles fossiles

Smil insiste sur un point souvent minimisé :
la civilisation moderne est littéralement construite sur les fossiles :

  • agriculture (engrais azotés, mécanisation),

  • acier, ciment, plastiques,

  • transports lourds, aviation, maritime.

Il ne nie pas la nécessité de réduire cette dépendance, mais rappelle que l’ampleur du défi est sans précédent.

5. Le rôle central de l’efficacité et de la sobriété

Contrairement aux discours dominants, Smil met l’accent sur :

  • les gains d’efficacité énergétique (souvent plus rapides et fiables),

  • la réduction de la demande dans les pays riches.

Il souligne que l’histoire montre davantage de progrès par optimisation que par rupture.

6. Une critique implicite de la croissance infinie

Smil ne prône pas explicitement la décroissance, mais son travail conduit à une conclusion dérangeante:

  • la croissance matérielle illimitée est physiquement contrainte,

  • les limites ne sont pas idéologiques, mais thermodynamiques et logistiques.

Il préfère parler de sociétés de haute performance stable, plutôt que d’expansion permanente.

7. Une pensée anti-idéologique, presque conservatrice au sens physique

Smil est souvent mal classé politiquement, car il :

  • critique aussi bien l’optimisme vert naïf que le productivisme fossile,

  • refuse les récits moraux au profit des bilans matériels.

Sa position est souvent résumée ainsi :

« Le monde réel n’obéit ni aux slogans, ni aux échéances politiques. »


En une phrase

Václav Smil pense le monde comme un système matériel contraint, où l’énergie, les flux physiques et l’inertie des infrastructures comptent davantage que les intentions, les idéologies ou les promesses technologiques.

Aucun commentaire: