lundi 26 janvier 2026

Des colères saines (saintes ?)

 Les Évangiles montrent un Jésus rarement emporté par la colère. Sa parole est le plus souvent patiente, miséricordieuse, tournée vers les pécheurs ordinaires, les exclus, les faibles. Il pardonne, relève, accueille. Mais lorsqu’il se met en colère, cette colère n’est ni émotionnelle ni impulsive : elle est ciblée, assumée et moralement fondée.

Cette colère vise presque exclusivement la tartufferie au sens le plus strict : afficher une vertu morale ou religieuse de façade pour mieux tromper, manipuler ou servir ses intérêts, instrumentaliser  cette morale affichée dans son rapport aux autres. (et non pas simplement l'hypocrisie morale)

Dans Matthieu 23, Jésus réserve ses paroles les plus dures non aux pécheurs, mais aux scribes et aux pharisiens, figures d’une morale de façade qui se donne en spectacle tout en écrasant les autres.  Le reproche n’est pas l’exigence morale, mais son instrumentalisation : une morale devenue outil de domination, de distinction sociale et d’autojustification.

Le même mécanisme apparaît dans la parabole du pharisien et du publicain (Luc 18). Le pharisien n’est pas condamné pour ses pratiques morales, mais pour l’usage qu’il en fait : se poser en juste et mépriser autrui. À l’inverse, le publicain, sans vertu affichée, est justifié par son humilité. Là encore, Jésus attaque moins la faute que le mensonge sur soi.

Même l’épisode spectaculaire de la purification du Temple confirme cette logique. Jésus ne s’emporte pas contre des pratiques ordinaires, mais contre la profanation du sens et l’hypocrisie d’un système moral qui prétend honorer Dieu tout en exploitant les faibles. Sa colère vise une incohérence devenue structurelle.

Ainsi, la colère de Jésus n’est jamais dirigée contre la faiblesse humaine, mais contre la duplicité morale. Elle ne frappe pas ceux qui tombent, mais ceux qui se donnent en modèle tout en trahissant ce qu’ils prétendent incarner. En ce sens, sa colère est rare, mais radicale : elle surgit lorsque la morale devient masque plutôt que chemin.


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